Serge Zagdanski
Psychanalyste à Paris 16
Membre de l'Association lacanienne internationale (ALI), reconnue d'utilité publique.
Serge Zagdanski
Psychanalyste à Paris 16
Membre de l'Association lacanienne internationale (ALI), reconnue d'utilité publique.

Actualités

Les chiffres égrenés désormais rituellement chaque soir par le Directeur général de la santé ne viendront pas contredire le titre de ce court texte. 

L’épidémie ne cesse de se répandre et le nombre de morts augmente quotidiennement, parfois dans des proportions redoutables. 

Cette situation, inédite pour la plupart d’entre-nous, nous confronte  à un réel, au réel par excellence : celui de la mort. Bien qu’elle soit aujourd’hui exclusivement affaire de statistiques qui tendraient à nous faire oublier notre mortalité naturelle. 

Dans son intervention à Louvain en 1972, Lacan rappelle à son auditoire que « ...la mort est du domaine de la foi  : vous avez  raison de croire que vous allez mourir, bien sûr…ça vous soutient, si vous n’y croyiez pas, est-ce que vous pourriez supporter la vie que vous avez… si on n’était pas solidement appuyé sur cette certitude que ça finira. est-ce que vous pourriez supporter cette histoire. Néanmoins ce n’est qu’un acte de foi. Le comble du  comble c’est que vous n’en êtes même pas sûrs. »

Cette affirmation ne peut emporter spontanément l’adhésion : l’inquiétude pour notre propre disparition et le comportement de certains de nos congénères, en tous points identiques à celui qui se manifeste en de telles occasions - guerre, révolution… - ne peut que confirmer la particularité de «  notre relation à la mort »  pour reprendre le titre de l’article écrit par Freud en 1915. Notre ambivalence structurelle à l’endroit de la mort - déni et acceptation forcée comme c’est le cas aujourd’hui - nous rappelle que l’inconscient ne connaît pas la mort et que chacun de nous y est convaincu de sa propre immortalité. Ce qui explique par ailleurs en partie l’attitude héroïque de certains. De plus, la mort nous confronte également à la perte d’être chers dont Freud rappelle, si besoin était, la souffrance indicible qu’elle peut provoquer, tout en reconnaissant sa « nécessité biologique et psychologique (…) pour la vie. »

Cet article suit d’un mois celui consacré à La désillusion provoquée par la guerre. Ils seront réunis lors de leur parution sous le titre Considérations actuelles sur la guerre et la mort.  Si dans le premier, Freud évoque la désillusion provoquée par le comportement des belligérants, qui, pour reprendre la formule de Stefan Zweig dans Le monde d’hier, témoigne de «  l’échec de la civilisation »  dans le second il s’attache à rappeler que de notre relation à la mort dépend la possibilité de rendre notre vie plus supportable.
Et qu’elle est la condition de notre Désir.  


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